Le Cafetier

Journal des cafetiers, restaurateurs et hoteliers romands

 

Favre Tempia, depuis 150 ans aux côtés des Genevois

Genève

C’est en 1868 que deux Italiens, fuyant la misère dans une Italie à la veille de son unification, ont créé à Genève l’entreprise Tempia.

Les Tempia, ce sont deux frères qui, rapidement, créent dans le quartier des Charmilles un commerce de vins et de produits alimentaires italiens. En 1898, ils sollicitent l’architecte Alexandre Bordigoni pour construire un ensemble d’immeubles au 42, rue de Lyon, qui abritera à la fois les magasins et des locatifs. Le No 42 de la rue de Lyon existe toujours. Le commerce devient vite florissant grâce à la «diaspora» italienne, laquelle ne se tarira qu’avec la Première Guerre mondiale. En 1912 déjà, la famille avait ouvert un dépôt à Renens pour le vin et, à cette date, c’est sur cette seule activité que fonctionne l’entreprise. Elle a pris désormais l’identité vaudoise, distribuant ses vins dans toute la Suisse romande et même en Valais, grâce aux grands travaux hydroélectriques assurés par une main d’œuvre en grande partie italienne.

Evolution harmonieuse
Avant la Seconde Guerre mondiale, l’enseigne est reprise par un neveu et la maison devient alors «Alfred Tempia & Cie». Ce neveu comprend vite qu’une évolution est en train de se faire: la gastronomie évolue, la cuisine française fait son entrée avec le service à l’italienne. Le tout est contrôlé par la rigueur helvétique… qui donne la préférence aux vins français. 

Ce chemin se poursuit jusque dans les années 1970, lorsqu’un partenariat est noué avec l’entreprise Ernest Favre SA, active dans la distribution de champagnes et spiritueux de marque. C’est la naissance de la maison Favre-Tempia. L’ouverture des frontières et la concurrence qui naît de la fin des contingents permettent, en 1992, le rachat de la maison Fischer-Métral, une entreprise genevoise du négoce des vins. Après cette absorption, l’entreprise s’installe dans des locaux flambants neuf à Satigny. Aujourd’hui, Favre-Tempia est la plus ancienne maison de vins active sur Genève. Mais huit bouteilles sur dix sont achetées en grande surface. On consomme moins de vin au restaurant, notamment pour des raisons de coût, et davantage chez soi. Et mieux. 

Philosophie inchangée
La philosophie de Favre-Tempia n’a pas changé, malgré l’accroissement de l’entreprise qui a su profiter de toutes les opportunités. Elle a su cultiver la discrétion face à un marché très concurrentiel et maintenir ses activités auprès de professionnels de la restauration et de l’hôtellerie grâce à des crus d’excellente qualité triés sur le volet. Avec les progrès de la viticulture cantonale, l’un des points forts demeure la distribution de plusieurs producteurs genevois représentant le 25% de son catalogue. Ce n’était que 1% il y a 30 ans! Les vins français s’octroient néanmoins la part du lion avec 50%, les 25% restants se partageant entre l’Italie et la Péninsule Ibérique. 

La clientèle de Favre-Tempia va du 3-étoiles à la brasserie. Raison pour laquelle le 50% du catalogue est constitué de vins de qualité supérieure, tandis que les autres 50% proposent des vins destinés à une consommation courante. Dans la répartition, les rouges pèsent le 60%, les blancs le 25% et les rosés le 15%. De plus en plus les Américains aiment les vins fruités et dans le Monde, c’est le rosé qui se développe le plus. Sans oublier les vins italiens. Ceux du Sud, en particulier, ont le vent en poupe. Rappelons tout de même que le célèbre Chianti en fiasques de paille avait été importé dans d’importants volumes par Tempia. Aujourd’hui, les vins de l’Italie du Nord et de la Vénétie représentent 35% de la totalité des étiquettes italiennes en vente chez Tempia; à égalité avec celles de l’Italie du Centre et de la Toscane. Quant à l’Italie du Sud, elle occupe une honnête troisième place avec 30%. 
Lionel Marquis

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