Le Cafetier

Journal des cafetiers, restaurateurs et hoteliers romands

PRODEGA GROWA TRANSGOURMET

Madeleine Mabillard Fuchs: passion et authenticité

Valais

Venthône, un belvédère du terroir valaisan, avec 43% de la surface de la commune en terres viticoles. Dans ce décor, entre ombre et lumière, travaille Madeleine Mabillard Fuchs, l’une des premières Valaisannes diplômées comme ingénieur ETS en viticulture et œnologie (après Corinne Clavien, œnologue cantonale et Madeleine Gay, retraitée de Provins). Elle nous a accueillis avec chaleur et un franc parler qui évoque la terre.

Madeleine Mabillard Fuchs, vous êtes une fille de la terre, quel lien particulier entretenez-vous avec les montagnes, vos racines? 
Je suis très attachée à la terre, c’est par là que je suis arrivée au travail de la vigne. L’œnologie m’est venue par le côté viticole. Mes parents possédaient 5000 mètres carrés de vigne soignés par ma maman. En Valais, à cette époque, les hommes étaient ouvriers paysans et les femmes portaient la culture de la vigne. 

D’après un portrait fait de vous dans l’ouvrage «Les Vignerons de plaisir », vous n’êtes pas issue d’une longue lignée de vignerons. Comment l’histoire a-t-elle commencé ? 
En 1993, nous sommes partis de rien, avec des vignes en location et beaucoup de courage et d’envie. La situation économique était difficile, avec la surproduction, en 1983, 1984, les prix s’étaient effondrés. Etre indépendants, c’est endosser à la fois les risques et les bénéfices du travail de la vigne de A à Z.

Qu’est-ce qui vous anime au quotidien? Est-ce le pur amour de la vigne?
C’est la liberté qui nous porte. Lorsque le métier est une passion, il est facile de l’accomplir. La petite taille de l’exploitation nous permet de produire les vins qu’on aime sans devoir s’adapter à la mode ou au marché. 

Vous gérez votre exploitation avec votre mari Jean-Yves, comment répartissez-vous les tâches? 
Chacun fait un peu de tout, c’est le but, les tâches ne sont pas fixes. Nous embauchons des aides en été, le reste du temps, le travail est fait par mon mari et moi-même. Personnellement, je n’aime pas trop le travail de cave, avec les bottes, l’eau…  Au moment de la dégustation, c’est moi qui prends presque toujours les décisions techniques. Mon époux fait moins de vente, et nous sommes avant tout des producteurs, des épicuriens. La vente est venue par la force des choses. L’exploitation fait 3,5 ha, ce qui nous permet de pouvoir tout faire, sans devoir 
nous spécialiser. 

Quid de la transmission du métier et de l’exploitation à vos enfants?
L’un d’eux est en train de se former, pourtant nous n’avons jamais obligé nos enfants à travailler à la vigne. Nous voulions leur donner le goût du bien manger et du bien boire. Nous espérons que la transmission pourra se faire. Nos enfants sont conscients de la vie que nous menons.

Terroir et vie locale

Quel est l’esprit entre viticulteurs de la région?
Un groupe de 17 œnologues, entre Salquenen et Sion, se réunit les lundis d’hiver pour déguster et faire une critique constructive. Pas d’esprit de concurrence, on déguste en carafe à l’aveugle, pour ne pas être influencé. Cet exercice nous permet d’augmenter la qualité de nos produits. 

Le terrain accidenté est-il très contraignant pour votre exploitation?
Avec le remaniement parcellaire, nous avons obtenu un terrain en pente qui ne requiert pas de culture en terrasses. Le vignoble est plus facile à travailler, nous mécanisons une partie du travail avec des chenillettes, l’herbe est fauchée avec une machine. Depuis 1990, toutes nos vignes sont enherbées naturellement à 40-50%, nous avons replanté une haie de protection naturelle efficace contre le foehn. Redonner vie au paysage et favoriser la biodiversité représente toutefois du travail en plus pour le viticulteur. Celui qui vend son raisin au prix minimum doit réduire les heures pour être rentable.

Entreprise et marché

Quelles sont les spécialités de la Cave Mabillard Fuchs? Un best-seller?
Dans les cépages travaillés, nous avons 25% de fendant et 25% de Gamay-Pinot noir. 
50% des vins produits sont des spécialités, avec deux assemblages rouges et un blanc. Par exemple, nous avons l’assemblage rouge «Alizarine», couleur rouge de la garance. C’est un fruité plus complexe qu’un vin de cépage, à boire dans les cinq ans. Sa base est de 60% en pinot noir, à laquelle on ajoute du gamay, du gamaret et du diolinoir. Notre vin le plus connu est l’Humagne blanc et le mieux vendu est le Fendant, qui représente environ 20% des ventes. En 1993, il n’y avait que 6 ha d’Humagne blanc en Valais et nous en avions 1000 m2 en location. Il est devenu phare grâce à sa rareté et à une forte demande. Fin, en dentelles, ce n’est pas un vin d’approche facile. Mais il ne faut pas dénigrer le Fendant, il s’accorde avec beaucoup de mets. Les vins «flashy» ne sont pas notre style. Nous aimons la finesse et l’authenticité.

Quels sont vos clients et comment vendez-vous vos produits?
60% de notre clientèle est privée, dont pas mal de Suisses alémaniques, 40% sont des restaurateurs, locaux mais aussi issus des cantons de Vaud et de Genève. A la cave, nous vendons sur rendez-vous. La Charte ST Théodule, qui regroupe des vignerons-encaveurs indépendants, organise des journées dégustations sur invitation, plus rentables que les foires. Une occasion de voir nos clients dans leur propre région. Au lieu des portes ouvertes, nous créons des évènements pour nos clients à la cave, ce qui est plus cohérent avec notre esprit.

 

Propos recueillis par Sandy Métrailler

Total de votes: 348