Le Cafetier

Journal des cafetiers, restaurateurs et hoteliers romands

PRODEGA GROWA TRANSGOURMET

Le BIO, standard de demain?

L'agriculture biologique connaît une forte poussée: 386 nouveaux producteurs se sont annoncés à Bio Suisse pour le 1er janvier 2017, dont 112 en Romandie – on n'en avait plus vu autant depuis les années nonante…

Faisons un point de situation avec Hélène Bougouin, collaboratrice scientifique dans le secteur des Systèmes de production innovants et au Département vulgarisation, formation et communication à l’antenne romande du FiBL, une rencontre inspirée et inspirante.
 

Quelles sont les filières agricoles de confiance pour une nutrition saine et durable?
«En Suisse, la production des aliments bio est protégée par deux labels qui vont plus loin que l’ordonnance fédérale sur les produits bio. Le premier est celui de l'association de producteurs Bio Suisse. Il s’agit d’un des cahiers des charges les plus exigeants au niveau international, qui tient compte en partie des aspects sociaux, du bien-être animal et de la biodiversité dans une mesure qui va au-delà du bio européen. 
Le deuxième label est celui de la biodynamie. La fédération Demeter va encore plus loin dans la réflexion et la réglementation que la norme Bio Suisse. C’est sans doute le cahier des charges le plus exigeant au monde, de par ses aspects spécifiques, tels que l’application de préparations, la prise en compte de la cohérence astrale, le fait de laisser leurs cornes aux vaches, etc.».

Quel est le rôle du FiBL et son impact sur le consommateur final?
«Tout d’abord, la recherche sur l’agriculture biologique consiste à recueillir des données pour la compréhension de l’agriculture. Ensuite, nous vulgarisons le fruit de ces recherches pour le monde agricole, les consommateurs et le tout public.
Cet institut de recherche de fondation de droit privé est financé 20-25% par la Confédération via l’Office fédéral de l’Agriculture. Le reste des rentrées est le produit de collaborations sur des projets financés par toutes sortes d'acteurs, selon leurs spécificités. Le FiBL travaille beaucoup avec les cantons. Vaud, par exemple, montre une volonté politique de changement, conduite dans un esprit d’ouverture. Certains résultats obtenus (part de fourrage local dans la ration des vaches, services aux écosystèmes, insectes prédateurs pour éviter les pesticides) sont utiles également aux agriculteurs encore non bio. La recherche est inclusive et se fait dans un esprit de dialogue très helvétique».

Qui sont vos partenaires?
«Les premiers intéressés sont les agriculteurs. D’autres mandats émanent de sociétés de distribution. Pour Coop, nous avons participé au projet de développement du soja alimentaire bio en Suisse romande (faisabilité technique, conseil aux agriculteurs pour les objectifs de vente). L’objectif final est de vendre uniquement du bio suisse. Au lieu de se focaliser sur les problèmes, nous développons des solutions innovantes».
Quelle est votre vision, votre rôle personnel dans l’organisation?
«Il est extrêmement gratifiant pour moi de travailler au développement du bio, des cultures alternatives, de la permaculture, de l’agroforesterie (remettre les arbres dans le système agricole, association entre arbres fruitiers/production de bois et champs, production maraîchère, pâture d’animaux sous les arbres, avec les avantages écologiques, la gestion de l’eau, les abris pour les auxiliaires, la faune utile, ndlr). L’agroécologie promeut une  agriculture avec de bonnes pratiques, la préservation des ressources et la production de qualité qui va dans le sens de l’autonomie économique de l’agriculteur».

Les producteurs sont-ils réellement libres de passer au bio? 
«Les subsides de l’Etat sont plus élevés en production bio, soutenue par la Confédération dans le cadre de la protection des ressources naturelles, de la protection de la population et de la qualité des paysages. Du point de vue économique, le choix n’est pas seulement conditionné par les subventions, mais par les objectifs de chiffre d’affaire que les exploitations se fixent: vendre à un meilleur prix, favoriser la vente directe, même avec une productivité moindre. Le bon choix de filière de commercialisation est déterminant et la diversification est très importante de ce point de vue. Cependant, certains agriculteurs se sont beaucoup endettés pour passer au bio, car des machines spécifiques sont requises (désherbage mécanique avec une herse, au lieu des produits chimiques par exemple). Cela représente un frein bien réel. Concernant les animaux, les exigences sont différentes et demandent également des aménagements qui peuvent être coûteux».

Selon vous, les Suisses sont-ils réellement conscients de ce qu’ils mangent? 
«Un effort d’information de la population est à faire pour toucher le consommateur de grande surface. Bio Suisse s’intéresse de près à la typologie des consommateurs. Collaborer avec la Semaine du Goût permet de voir l’agriculteur comme source de la nourriture. Il devient ainsi clair que toute la nourriture est produite de façon agricole».

Quel est votre vœu pour le futur de la consommation? 
«Mon souhait est que le bio devienne la norme».

fibl.org 
bioactualités.ch

Pamela Chiuppi

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