Le Cafetier

Journal des cafetiers, restaurateurs et hoteliers romands

PRODEGA GROWA TRANSGOURMET

«Oublions 2015 et passons à 2016»

Jura

propos recueillis par Lionel Marquis

Entretien avec Yves Rondez, président de GastroJura qui souhaite par ces propos clore rapidement une année définie en demi-teinte.
Comment se porte GastroJura?

Assez bien, mais peut mieux faire. Actuellement nous avons 215 membres. Un chiffre en légère diminution. Il ne faut pas croire que la crise ne nous a pas touchés. Beaucoup d’établissements ont définitivement fermé, à cause de la baisse de la clientèle; avec pour conséquence une baisse importante du chiffre d’affaires bien sûr, ne permettant plus d’assurer une marge suffisante pour, une fois les charges payées, vivre décemment. Il est facile de penser qu’il suffit d’ouvrir un bistrot pour s’enrichir. Si cela a été le cas autrefois, cela ne l’est plus du tout aujourd’hui. Et puis, il y a aussi les départs en retraite qui affectent la profession.
Quelle est la situation générale dans le Jura?
Pas très florissante, à cause de cette baisse généralisée du chiffre d’affaires. Mais ce n’est pas seulement la faute de la crise. La réalité humaine a changé.
C’est-à-dire?
La clientèle ne se renouvelle plus ou pas. Ce fut particulièrement visible cette année, chez les jeunes en particulier. Avec les réseaux soi-disant sociaux, le bistrot ne leur est plus nécessaire. Ils ont facebook et ils tweetent. De plus, comme le chômage touche plus de 5 % d’entre-eux, ils n’ont pas d’argent à dépenser en consommations. Ils restent chez les parents.
A combien estimez-vous la baisse d’activité?
Ce n’est pas quantifiable. Je vous parlais plus avant de la réalité humaine qui a changé. Concrètement cela signifie que la physionomie même de nos villages a changé. Autrefois, dans nos «bleds» tout le monde se connaissait et se retrouvait au bistrot pour la verrée. Aujourd’hui, ces mêmes villages ont grandi de 300 âmes venues de partout, qui ne se connaissent pas et ne cherchent pas à se connaître. Parce que les raisons qui les y ont amenés sont à chaque fois différentes. Ici, à Cornol (le village où Yves Rondez exploite, avec son épouse, le restaurant du Lion d’Or, NDLR), on a la chance d’être à proximité d’une bretelle d’autoroute et on trouve encore une boucherie et un magasin. Mais ce n’est plus le cas partout. Les jeunes ont quitté le village de leurs parents pour s’installer à Delémont par exemple, ou ailleurs, pas forcément dans le canton. Et ainsi les bistrots ferment les uns après les autres. 
Qu’en est-il de la formation? 
Grâce à des inscriptions de candidats venant des cantons de Berne, de Neuchâtel et de Bâle, nous parvenons à maintenir nos effectifs à un niveau à peu près stable, permettant de maintenir les deux cours annuels. Sans cet apport extérieur, le nombre de candidats a diminué cette année.
Qu’en est-il de votre succession?
Toujours pas de candidat. Je suis donc obligé de tenir la barre jusqu’au bout. Un jour j’en aurai assez, alors je devrai taper du poing sur la table pour que quelqu’un se décide enfin. Je comprends fort bien que personne ne se mette sur les rangs, par peur de s’investir. Certes, êtres président de GastroJura est chronophage, mais pas autant qu’on pourrait le penser. Le taux d’occupation n’est que de 30 %!
Pour finir, quels sont vos projets pour 2016?
Rien de particulier. Après le vote à l’unanimité en faveur d’une baisse de 50 % du taux d’imposition des patentes; combat qui nous a occupé de 2007 à 2009, nous ne nous sommes plus mobilisés pour un quelconque combat.

Total de votes: 253